Introduction à la musique du futur

·5 min · #musique#ManifestoXXI

Cet article a été initialement publié sur le site de la revue Manifesto XXI.

Introduction à la musique du futur

Si vous êtes comme mon grand-père, vous avez très certainement remarqué que le monde de la musique est, depuis très longtemps, parti à la dérive. Les « genres » se démultiplient, il devient impossible de démêler le vrai du faux, la musique du bruit. En effet, depuis les années 50 et les prémices du rock, des générations de trios « guitare-basse-batterie » ont eu l’idée saugrenue de s’électrifier, gratter, frapper puis classifier, tant et si bien qu’il en devient impossible de retrouver la paix, assiégés que nous sommes par les « black metal symphonique », « psychobilly », « twee pop », et autre « jazz punk »…

Remarquez, cela pourrait être supportable, si à cette vague de troubadours de l’enfer, les années 2000 et la magie du micro-ordinateur n’avaient ajouté l’une des malédictions les plus terribles de ce siècle, j’ai nommé les « bedroom-producers ».

Déjà mentionnée dans un article précédent, cette génération de producteurs, élevés par la technologie et donc, par conséquent, un peu geeks, a trouvé dans la MAO (Musique Assistée par Ordinateur), le moyen de crier à la face du monde (ou de leurs followers twitter), qui leur dégoût, qui leur ennui, leur mélancolie, leur mal du siècle…

Surtout, l’avènement d’internet a permis d’ajouter à une typologie déjà foisonnante, un nombre incalculable de branches plus obscures les unes que les autres. S’il est bien évidemment vain de prétendre pouvoir rendre compte de l’intégralité de ces nouveaux « genres » musicaux, je vais néanmoins tenter ici de vous dresser une grossière cartographie de mes favoris soundcloud.

Vaporwave

FrankJavCee résume l’esthétique Vaporwave par cette image : « c’est un peu comme vivre dans un futur dystopique, dans un dépotoir dans lequel se trouve des cassettes VHS, tu es la seule personne dans le monde mais tu as de la weed et es défoncé tout le temps, tu es aussi au japon, ainsi que dans le ciel. »

Techniquement, un morceau vaporwave, c’est une musique d’ascenseur, une pub ou une chanson commerciale des années 90, à laquelle un producteur a eu la bonne idée d’ajouter tous les effets disponibles sur son DAW (Digital Audio Workstation). En effet, « la vaporwave serait une forme d’accélerationnisme », une critique de la société capitaliste qui pousse au bout la superficialité de notre époque, pour « assister à la destruction du système ».

Voir aussi : Chillwave ; Seapunk ; Ocean Grunge ; Neuropunk

Witch House

Si les samples de voix hachées et ralenties (« chopped and screwed » comme on le dit dans le hip-hop jeu) vous plaisent mais que l’ocean grunge n’est pas encore assez déprimant pour vous, la witch house vous satisfera peut-être. Lancé comme une blague en 2009 par Travis Egedy (Pictureplane), ce nom a rapidement été repris par Pitchfork pour décrire une musique électronique sombre s’inspirant de la musique bruitiste, du drone, du shoegaze, et globalement de tout ce qui touche de près ou de loin à l’occulte, avec en bonus, des titres à symboles unicode. C’est plutôt DΔЯK et pas mal underground.

Voir aussi : Haunted House ; Bounce House ; Dark ambient

Future Funk

Originellement issue de la vaporwave, le future funk se structure comme courant (sur reddit bien évidemment) aux alentours de l’été 2012. Pour faire court, c’est une musique essentiellement basée sur des samples funk des années 80 avec du flanger par dessus pour vous donner un avant goût de futur. Néanmoins, comme la plupart des autres styles de musique, sa richesse provient du mariage. Ainsi, si son association à la dubstep donnera des morceaux des plus excitants chez Kill Paris, sa rencontre avec le jazz funk japonais a lancé les meilleurs producteurs du Keats Collective.

PC Music

PC Music est effectivement le nom d’un label londonien, fondé en 2013 par A. G. Cook. Cependant ses sorties étant si inclassables, il me faut ici lui donner une place particulière. Mélange de grime, d’eurodance, de j-pop, de k-pop et d’à peu près de tout ce que vous trouverez d’aiguë et coloré sur internet, il semble qu’actuellement quelques blogueurs tendent à qualifier cette musique de néopop.

Nightcore

Nightcore était d’abord le nom d’un duo formé en 2002 par deux étudiants norvégiens. D’abord utilisé pour décrire des titres trance et eurodance accélérés et aux voix pitchées dans les aiguës, le terme recouvre aujourd’hui tout style de musique accélérée dans les 160 et 180 BPM avec des kick et snares proches de l’EDM. Depuis 2006, des versions « nightcored » de tous les titres dance un peu connus ont envahi youtube. C’est aussi à la même période que le genre a commencé à se mélanger à la j-pop dans des AMV (Animated Music Vidéo), avec des personnages de manga ainsi que l’utilisation de vocaloid.

Extratone

L’extratone est le style de musique le plus rapide existant à l’heure actuelle. En effet, alors qu’une production pop mainstream tourne généralement autour des 100 BPM, le tempo minimum de l’extratone est de 1000 BPM. Tellement rapide qu’au lieu d’un battement (beat), la ligne de kicks sonne comme un ton (tone), d’où le nom.

Future Beats, Trap, Jersey Club…

Pour terminer ce parcours d’initiation aux merveilles de l’internet, je ne saurais que trop vous recommander de vous pencher aussi sur les dérivés du trap, du jersey club et plus ou moins tout ce qui s’apparente aux future beats. Même si, contrairement aux genres nommés précédemment, ceux-ci ne sont pas nés sur des forums cryptiques, le sound-cloud est vaste et vous y trouverez de merveilleuses productions un peu nerdies.


Il a parfois été un peu compliqué de trouver des informations. Vous avez des connaissances pointues en choses de l’internet ? N’hésitez pas à laisser des commentaires pour compléter/corriger cet article.